Vous venez de faire installer vos panneaux solaires. L'équipe est partie, votre onduleur clignote tranquillement, et vous vous retrouvez devant ce boîtier blanc fixé au mur, avec un petit écran qui affiche des chiffres dont personne ne vous a vraiment expliqué le sens. Vous appuyez sur le bouton. Un numéro apparaît. Puis un autre. Et vous vous demandez : est-ce que c'est ça, mon crédit solaire ? Est-ce que c'est ma consommation ?
Voici la règle de base, simple, qui s'applique à tous les compteurs bidirectionnels STEG : ils enregistrent deux compteurs séparés, pas un seul.
- Import (E+) : l'électricité que vous avez achetée à la STEG. Ça, vous le payez.
- Export (E-) : l'électricité que vos panneaux ont envoyée vers le réseau STEG. Ça, c'est un crédit en votre faveur.
Tout le travail de lecture du compteur consiste à trouver ces deux chiffres, séparément, et à les noter. Le problème, c'est que selon l'année de votre compteur, la manière de les trouver à l'écran change. Il existe deux générations en circulation en Tunisie : celle de 2021, et celle de 2025. Je vous montre les deux.
Nouveau compteur : repérez le petit trait sous E+ ou sous E-
Sur ce modèle, "E+" et "E-" sont imprimés sur le boîtier, juste sous l'écran. À l'intérieur de l'écran lui-même, en bas à gauche, il y a deux petits segments, un sous chaque lettre. Le segment qui s'allume vous dit quel index est affiché à cet instant.

Quand le segment sous "E+" est allumé seul, le chiffre affiché (par exemple "21") est votre import : ce que vous avez consommé de la STEG.
Quand le segment sous "E-" est allumé seul, le chiffre affiché (par exemple "57") est votre export : ce que vous avez injecté à la STEG.
Quand les deux segments E+ et E- sont allumés en même temps, le chiffre affiché (par exemple "35") n'est plus un index séparé : c'est la différence entre votre consommation et votre injection. Et l'écran vous dit directement de quel côté penche cette différence, grâce à un petit signe affiché en haut à gauche :
- Si c'est un signe moins (-), vous êtes en crédit : vous avez injecté plus que consommé, ce solde vient en déduction sur votre prochaine facture.
- Si c'est un signe plus (+), vous êtes en débit : vous avez consommé plus qu'injecté, ce solde est ce que vous allez payer à la STEG à la fin du mois.
C'est le plus simple des trois chiffres à lire, parce qu'il vous donne directement la réponse à la question que tout le monde se pose : "est-ce que je dois de l'argent à la STEG, ou est-ce que c'est elle qui m'en doit ?"
Compteur avant 2025 : même logique, mais c'est à vous de faire la différence
Sur ce modèle, pas de E+ ni de E- imprimés à l'écran, et pas de calcul automatique du solde non plus.

Le repère est un petit symbole qui apparaît en bas à gauche, sous l'indication "kWh", et il suit exactement la même logique que le modèle 2025 :
- Quand un "0" est affiché, c'est l'équivalent de E+ : le chiffre à côté (par exemple "10051") est votre import, ce que vous avez consommé de la STEG.
- Quand un signe moins (-) est affiché à la place du "0", c'est l'équivalent de E- : le chiffre à côté (par exemple "11159") est votre export, ce que vous avez injecté à la STEG.
Pour faire apparaître l'un puis l'autre, appuyez sur le bouton rond sous l'écran. Le chiffre change, et le symbole (0 ou -) change avec lui.
La seule vraie différence avec le modèle 2025 : ce compteur n'affiche jamais le solde final avec son signe. Il vous donne seulement les deux chiffres bruts, import et export, chacun de son côté. La soustraction entre les deux, c'est à vous de la faire.
Ce que E- veut vraiment dire : ce n'est pas votre production, c'est votre surplus
Petite précision importante, parce qu'elle change la façon dont vous devez interpréter le chiffre E-.
E- n'est pas "tout ce que vos panneaux ont produit". C'est seulement la partie de cette production que votre maison n'a pas consommée sur le moment, et qui est repartie vers le réseau STEG. Si vos panneaux produisent pendant que vous consommez en même temps (climatisation allumée en pleine journée, par exemple), cette électricité-là est utilisée directement chez vous, et elle ne passe jamais par l'index E-.
Le compteur STEG ne vous dira donc jamais combien vos panneaux ont produit au total sur une période. La seule façon de connaître ce chiffre, c'est l'application de votre onduleur, qui mesure la production réelle, pas seulement le surplus exporté. Le détail de ce circuit (production, autoconsommation, surplus exporté) est expliqué ici.

Cas concret : lire le compteur et la facture STEG sur plusieurs périodes
Voici où la plupart des gens se trompent. La tentation, c'est de regarder le compteur un jour donné, de soustraire E- moins E+, et de penser que c'est ça, le résultat. Ça ne marche pas. Ce qui compte, ce n'est jamais l'index brut, c'est la variation de chaque index entre deux relevés, et il faut aussi reporter le crédit ou la dette de la période précédente. Un exemple avec de vrais chiffres, sur trois factures bimestrielles, va rendre ça évident.
Facture 1 : Avril-Mai
Nouvelle installation fin mars : E+ (consommé STEG) = 0 kWh, E- (injecté STEG) = 0 kWh
Relevé fin mai : E+ = 500 kWh, E- = 300 kWh
Consommé moins injecté : 500 - 300 = 200 kWh. Vous avez consommé 200 kWh de plus que vous n'avez injecté. Pas de crédit en réserve à ce stade, c'est votre première facture. Résultat : 200 kWh à payer.
Facture 2 : Juin-Juillet
Relevé fin juillet : E+ = 900 kWh, E- = 800 kWh
Variation E+ : 900 - 500 = 400 kWh consommés
Variation E- : 800 - 300 = 500 kWh injectés
Ici, le réflexe serait de comparer les index bruts de juillet (900 - 800 = 100) et de conclure qu'il faut payer 100 kWh. C'est faux, et c'est exactement le piège à éviter. Les index bruts ne disent rien sur la période en cours, ils s'accumulent depuis le premier jour du compteur. Seule la variation entre les deux relevés a un sens.
La bonne méthode : variation E+ moins variation E- = 400 - 500 = -100 kWh. Comme il n'y avait aucun crédit reporté de la facture 1 (vous l'aviez payée intégralement), le résultat final reste -100, c'est-à-dire 100 kWh de crédit pour la prochaine facture.
Facture 3 : Août-Septembre
Relevé fin septembre : E+ = 1 200 kWh, E- = 1 000 kWh
Variation E+ : 1 200 - 900 = 300 kWh consommés
Variation E- : 1 000 - 800 = 200 kWh injectés
Variation E+ (consommée) moins variation E- (injecté) : 300 - 200 = 100 kWh. Seul, ce chiffre dirait "100 kWh à payer". Mais vous avez un crédit de 100 kWh reporté de la facture précédente. Vous le soustrayez : 100 - 100 = 0. Rien à payer, le crédit accumulé en juin-juillet a exactement absorbé le déficit d'août-septembre.
La règle à retenir, dans l'ordre :
- Calculez la variation de E+ entre les deux relevés de la période (votre consommation de la période).
- Calculez la variation de E- entre les deux relevés de la période (votre injection de la période).
- Faites variation E+ moins variation E-.
- Soustrayez le crédit de la période précédente si elle existe.
- Le résultat final vous dit où vous en êtes : en positif, c'est ce que vous payez ; en négatif, c'est votre crédit pour la prochaine facture.
C'est cette logique de variation, période par période, avec report, que la STEG applique réellement sur votre facture.
En résumé : la seule habitude à prendre
Lire un compteur bidirectionnel STEG après une installation photovoltaïque tient en une seule habitude, peu importe le modèle que vous avez chez vous : ne jamais regarder un chiffre isolé, toujours noter la paire E+ et E- au même moment, et toujours raisonner en variation entre deux relevés, jamais en valeur brute.
Sur un compteur 2025, le signe affiché vous fait gagner une étape, il calcule le solde de l'instant pour vous. Sur un compteur antérieur à 2025, vous faites ce calcul vous-même, période par période, sans oublier de reporter le crédit éventuel de la facture précédente.
Une fois cette logique en tête, votre compteur cesse d'être une boîte mystérieuse au mur, et devient ce qu'il est réellement : un outil de suivi simple, qui vous dit chaque mois si le solaire travaille pour vous ou contre vous. Si les chiffres que vous relevez vous semblent décevants par rapport à ce que votre toit devrait produire, ce n'est presque jamais le compteur le problème : c'est le dimensionnement de l'installation qui mérite d'être vérifié.


